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jeudi 8 novembre 2018

La créativité en désespoir de cause




Madame X se lève à l’aube, les yeux collés et les cheveux en désordre, mais généralement de bonne humeur.  Elle prépare ses enfants pour l’école ; elle fait les lunchs, elle gère les chicanes, elle vérifie qu’elle n’a rien oublié (livres de la bibliothèque, activités spéciales, documents à signer, etc.).  Ensuite, elle se prépare à son tour.  Enfin, elle monte dans sa voiture et se rend au travail.

Arrivée au travail, d’autres enfants l’attendent, pas les siens cette fois, vingt-cinq enfants tous plus différents les uns des autres, dont elle prend soin, à qui elle enseigne tout l’année durant.  Elle rassemble son énergie à chaque matin pour pouvoir leur donner le meilleur d’elle-même.  Pourtant, de l’énergie, Madame X n’en a jamais manqué, le dynamisme fait partie de son A.D.N.  Mais depuis quelques années, l’usure se fait davantage sentir.  Les ressources humaines et matérielles manquent, ça ce n’est pas nouveau.  Elle repense au début de sa carrière, alors qu’elle faisait le tour des ventes de garage pour s’approvisionner en jeux et en livres pour sa classe.  Elle repense à l’ancien concierge de l’école qui aimait jouer des tours aux enfants, mais qui a été remplacé par une firme externe de nettoyage.  Dorénavant, si un enfant se trouve mal et renvoie le contenu de son estomac sur le plancher, on recouvre le tout d’une petite poudre blanche en attendant que la firme passe nettoyer le dégât en soirée.  Elle pense aux classes trop pleines, aux enfants qu’on envoie dans une autre école, faute de place, à grands coups de trajets d’autobus interminables.  Mais surtout, elle voit sa classe qui déborde d’élèves en difficultés. Elle a cette impression persistante qu’ils sont tous en train de lui glisser entre les doigts malgré ses nombreux efforts.  Alors, c’est le cœur un peu fragilisé, mais toujours aussi déterminé, qu’elle se rend à sa réunion du personnel ce matin-là.  Qu’est-ce que sa direction a à lui proposer ? Rien.  Elle y va même de cet affront : il faudra faire preuve de créativité.  Donc, je récapitule : c’est la créativité des enseignants qui devra, à elle seule, sauver le système scolaire.  À eux de trouver des solutions.  Des solutions qui ne coûtent rien, il va s’en dire.
           
Madame X n’est pas seule à s’être faite servir la solution de la créativité, Madame Y y a eu droit aussi, il y a quelques années.  Employée du système de la santé, elle travaille avec de jeunes enfants ayant des retards de développement.  Elle est confrontée à tous les jours à sa liste d’attente qui ne cesse de s’allonger.  Elle voit le nom de tous ces enfants qui attendent depuis 6, 12, 18, voir 24 mois pour des services.  Elle connaît bien ce mélange d’inquiétude et de soulagement dans la voix des parents lorsqu’elle les appelle pour leur dire que c’est rendu le tour de leur enfant.  Certains enfants ont de grands retards, elle aurait voulu les prendre en charge plus tôt, leur en donner plus, mais il y a tous ces autres enfants.  Et c’est sans compter les tâches connexes, qui ne cessent de s’ajouter.  Madame Y est elle-même responsable du ménage de son bureau depuis plusieurs années.  On lui a donné un swiffer, deux guenilles et quelques sacs de poubelles d’extra ; voilà qui est réglé.  Donc, en plus de son horaire chargé, il faut qu’elle pense à vider sa poubelle et à frotter de temps en temps.  La direction a été clair : ce n’est pas prêt de changer.  Et pour les listes d’attentes, pas d’ajout de personnel en vue.  Comment diminuer cette attente inacceptable pour un jeune enfant au cerveau en plein développement ?  Je vous le donne dans le mile : aux intervenants de faire preuve de créativité.  Même qu’ils devraient se considérer chanceux : un employeur qui encourage ses employés à être créatif, cela devrait être motivant et stimulant pour eux.  Pas de ressources supplémentaires, que de la créativité.

« L’art naît de la contrainte, vit de luttes et meurt de liberté. »

Ça doit être ça, les gestionnaires de la santé et de l’éducation doivent s’inspirer d’André Gide, écrivain français.
           
           
           

vendredi 23 juin 2017

Ma relation amour-haine avec les Lego


Étant de sexe féminin, les Lego ont peu fait partis de ma vie étant enfant, tout ce que je me rappelle d’eux, c’est qu’ils me faisaient mal aux doigts. Toutefois, étant maman de deux garçons, ceux-ci sont maintenant omniprésents dans ma vie.
 
Quelle joie j’ai eu quand j’ai réalisé que mon fils aîné s’intéressait aux Lego ! Je me suis dit : « Ah ! Le petit garçon intelligent que voilà ! ». Il faut être brillant et persévérant pour suivre ces plans en 52 étapes ! Un petit génie. J’ai mis au monde un petit génie. Et puis, quand ton enfant décide de tout déconstruire pour tout reconstruire ensuite, à sa façon, n’est-ce pas là une belle preuve de son potentiel créatif ? L’intelligence et la créativité marchant main dans la main vers des lendemains glorieux ! En voilà une maman fière de sa progéniture !
 
 Mais si, au début, ils se contentaient des vieux Lego de papa des années soixante-dix, ils en voulurent bientôt de nouveaux : des Lego city, des Creator, des Ninjago, des Nexoknigts, des Chima, etc. La face que je fis le premier Noël où je suis partie en quête d’un Ninjago ! 79,99 $ 129, 99$ 199,99 $ Quoi ? Je fouillai frénétiquement dans les rayons pour enfin trouver une toute petite boîte à 29,99 $. Il devait y avoir seulement dix morceaux, mais je n’aurai qu’à dire aux enfants que c’est tout ce que les lutins du Père-Noël avaient eu le temps de fabriquer cette année.
 
Outre le fait qu’ils coûtent la peau des fesses, j’ai également découvert que tout ce qui se monte et se démonte est, par conséquent, plus ou moins solide. Qu’ils sont fiers mes garçons quand leurs nouveaux vaisseaux machin chose sont assemblés et qu’ils peuvent s’amuser avec eux ; les faire virevolter dans l’espace, les faire rouler à toute vitesse, les faire partir à la découverte de mondes inconnus, etc. Le bonheur !...Jusqu`à ce qu’une roue se défasse et aille se loger on ne sait où dans les interstices d’on ne sait quel meuble. Et là, l’immanquable : « Mamaaaaaaaaaaan ! J’ai perdu un morceau !!!!!!! ». S’ensuit alors une course folle pour trouver la ciboulette de petite roue microscopique qui peut être n’importe où ! Allez hop ! À quatre pattes avec la lampe de poche à regarder en-dessous du divan avec comme bruit de fond le petit qui hurle sa vie. Et ça recommencera : avec un bouclier, un casque d’astronaute, une petite flamme de rien du tout, créant à chaque fois un désarroi encore plus grand.
 
 Mes garçons aiment tellement leurs Lego qu’ils veulent les amener partout où ils vont. Alors, inévitablement, ils finissent par se démantibuler dans l’auto, ce qu’ils ne manquent pas de nous signifier à grands cris, au risque de nous faire prendre le champ. Les petites pièces iront nécessairement se loger dans les craques des sièges d’auto avec les miettes de Pattes d’Ours entraînant des sanglots de désespoir : « Arrêtez l’auto ! Arrêtez l’auto ! J’ai perdu mon épéééééééééééééééééééeeeeeeeeee !!! ». Le cauchemar.
 
Sans compter qu’ils feront éventuellement des échanges. Mon fusil brun contre ton fusil noir. Quelques jours plus tard, l’un des deux voudra ravoir son fusil de départ, et l’autre ne se rappellera plus qu’il y a eu échange et croira, dur comme fer, que le fusil qu’il a en sa possession est bien le sien, ce qui entraînera assurément une crise et que, comme maman, j’aurai beaucoup de mal à résoudre, car je n’aurai aucune espèce d’idée d’à qui est le maudit fusil noir et le putain de fusil brun.
 
C’est dans ces moment-là, que je me dis, qu’au fond, peut-être que les lutins du Père-Noël, l’an prochain, auront le temps de confectionner une belle console de jeux vidéo pour Noël !