jeudi 14 mars 2019

Le 9 mars



C’est la date de l’anniversaire de feu mon papa.  Il aurait 71 ans aujourd’hui.  Mais la vie a voulu que son chemin s’arrête à 68 ans.  Bientôt 3 ans qu’il n’est plus avec nous.  Mine de rien, nous remplissons tranquillement le vide qu’il a laissé derrière lui, une pierre à la fois. 
Ce matin, je regarde une photo de lui que ma sœur a mise sur Facebook.  Une photo de lui dans sa cabane à sucre.  Je bois mon café en le regardant, longuement.  Je m’aperçois que ça fait longtemps que je ne me suis pas arrêtée à contempler son image, malgré les photos dispersées un peu partout dans la maison.    Son souvenir est encore bien vivant, mais son image se fragilise, ses traits s’estompent peu à peu dans mon esprit, le contour de son visage n’est plus aussi distinct qu’avant.  D’où le fait probablement que je m’attarde longuement sur sa photo, comme si je voulais m’imprégner à nouveau de son image.
Tout en le regardant, je m’aperçois que je bois mon café dans la tasse que je lui avais offerte pour sa fête il y a quelques années de cela.  Récupérer un cadeau que l’on avait offert à quelqu’un, c’est d’une tristesse infinie.  Un cadeau, c’est à sens unique, tu l’offres sans rien attendre en retour, un souvenir de soi que l’on laisse à l’autre, ce n’est pas supposé nous revenir, il perd alors toute sa signification.  Que faire alors de cette tasse, m’en débarrasser, la donner à quelqu’un d’autre ? Et pourquoi pas, au fond ? Elle pourrait alors continuer sa vie de tasse significative dans les mains de quelqu’un d’autre au lieu d’être là, inerte entre les miennes, me rappelant seulement que mon père ne pourra plus jamais rien recevoir de moi, que je ne pourrais plus jamais rien lui offrir.  Les premiers temps après sa mort, je me surprenais encore à laisser errer mes yeux dans les boutiques à la recherche d’objets qu’il aurait pu aimer et, à chaque fois, je devais me rappeler qu’il était mort et que ce repérage ne servait plus à rien.  Pour ses 70 ans, j’aurais voulu l’amener dans le sud, lui faire une surprise, une vraie.  Je n’aurai pas eu le temps.  Ce temps qui nous semble infini et qui tout d’un coup rétrécit sous nos yeux.
En ce 9 mars, on fête les autres membres de ma famille nés en ce troisième mois de l’année, les martiens comme on les appelle.  Mon demi-frère d’abord, né le 9 mars également, ma belle-mère, née le premier et ma sœur, née le 19.  Un mois fécond dans notre famille, beaucoup de vies ont vu le jour en ce premier mois du printemps.  Nous célébrons dans sa maison.  Je sais que c’est grâce à lui que nous sommes là, que nous sommes réunis. Je le vois nous regarder de là-haut et nous sourire.  J’imagine qu’il voudrait encore être là, à nos côtés, ne serait-ce que pour grogner un peu contre tout un chacun et nous dire que franchement, à 71 ans, il était encore beau.

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