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jeudi 7 mars 2019

La beauté de l'imparfait



Ce matin, je lis ma Presse + et je tombe sur cet article de Marie Allard (d’après une étude de Chantal Bayard) : Quand les célébrités allaitent sur Instagram. Je soupire.  J’hésite à swiper par en haut pour voir les photos.  Est-ce que j’ai vraiment le goût de voir ça en ce vendredi matin, la glamourisation de l’allaitement ? Pas sûr.  Y paraît qu’il y a de bonnes intentions derrière tout ça, que ce n’est pas simplement de l’autopromotion.  Humm. Pas convaincue.
            Ces photos permettraient aux célébrités d’inscrire leur maternité dans leur trajectoire professionnelle.  OK, d’accord, tu peux avoir des enfants, allaiter et continuer d’avoir une vie, tu n’as plus besoin de rester cachée chez vous en marge du monde.  Une femme, ça peut aussi être une maman et une maman, ça allaite.  Good.  Qu’on se le tienne pour dit, on ne sépare pas comme ça la femme de carrière de la maman, une femme c’est un tout.  Nous sommes un tout.  Nous pouvons embrasser plusieurs destins. J’avoue que là, c’est un message qui me parle.
            Bon, ensuite, certaines célébrités disent ainsi participer à un mouvement de normalisation de l’allaitement.  Ark. C’est là que ça accroche.  Voyons voir ces photos, allez swipe en haut. Elle, elle a un foulard dans les cheveux qui match avec sa décoration murale.  Évidemment.  Elle, elle regarde la caméra d’un air langoureux, la bouche entrouverte, la main négligemment posée sur son sein libre.  Naturellement. Continuons, continuons. La famille idéale maintenant.  Les parents qui s’embrassent, le bébé qui tète et le grand frère qui dort. Un classique. Elle, elle fait la couverture d’un magasine.  Maquillage, bijoux, vêtements griffés.  Tout simplement.  C’était quoi le but de ces photos déjà ? Ah oui, la normalisation de l’allaitement.  Bien sûr, entre elles et moi, il n’y a qu’un pas, je peux aisément m’identifier.  Inutiles de mentionner que vous ne verrez ni vergeture, ni sein engorgé, ni feuille de chou, ni d’yeux cernés sur ces photos. Oubliez aussi les coussins d’allaitement pastels et l’empilage d’oreillers et de coussins pour tenter d’avoir un peu de confort et de ménager son dos et ses bras. Ah, non ! On allaite debout, droite comme la justice, faisant face à l’adversité, le bébé pendu au bout du sein.
            Et là, je me mets à swiper avec agressivité.  Fais chier.  Comme si les mamans n’avaient pas déjà assez de pression comme ça.  La plupart des photos sont sexy à souhait.  Non seulement il y a une pression sociale pour allaiter, mais en plus il faut maintenant allaiter de manière sexy. Give me a break. C’est quoi la prochaine étape ? Des vidéos d’accouchement sur youtub avec musique d’ambiance ? Après tout, il faut aussi normaliser les accouchements naturels.  Un papa en torse nu sexy qui tient amoureusement la main de sa compagne coiffée et maquillée qui pousse dans l’allégresse ?  Va-t-on trouver une façon de rendre sexy un vagin qui déchire ?  Va-t-on glamouriser la douleur des contractions ?  Voici ma face souffrante mais sensuelle, yeux mi-clos, lèvres pulpeuses, mains manucurées posées sur le ventre en douleur.  Les célébrités vont-elles ensuite montrer leurs seins naturels post-allaitement ? Ceux-là même qui ne peuvent résister à l’appel de la gravité ? Les péripéties de Bianca Longprés, alias mère ordinaire, peuvent bien avoir suscités un tel engouement au Québec, ça prend un contrepoids.  Toute cette perfection est étouffante, il nous faut la faire craquer, question de pouvoir souffler un peu.
            Mais ne vous méprenez pas, je la trouve belle la maternité.  Je pense sincèrement qu’elle doit être célébrée. Mais célébrée dans toute la beauté de ses imperfections.  C’est beau une maman qui allaite en mou avec une queue de cheval et qui regarde son bébé avec des yeux fatigués, mais attendris.  C’est beau une femme enceinte qui ne pose pas, qui est juste là avec son sourire, sa bedaine et ses doutes. C’est beau une mère qui pleure de joie et de désespoir quand son bébé voit enfin le jour.  C’est beau une maison de nouveau-né avec des pyjamas, des couvertures, des couches et des suces qui traînent un peu partout.  C’est beau ce mélange d’inquiétudes et d’amour qui émanent de chacun des gestes des nouveaux parents. 
            
Gloire aux ventres mous qui ont portés, aux seins pendants qui ont allaité, aux yeux cernés qui ont veillé.
           
Gloire à l’imperfection.
           
Normalisons. Pour de vrai.

jeudi 17 août 2017

Femmes modernes ?


  Je dis souvent, à la blague (ben pas à la blague tant que ça, au fond), qu’être née à une autre époque (ou dans un autre pays), je crois bien que je n’aurais pas survécu. Je doute que j’aurais réussi à trouver ma place dans une société d’hommes faite par les hommes pour les hommes.  J’aurais certainement finit  cloîtrée chez les bonnes sœurs ou bien j’aurais vécue quelques années comme femme au foyer hyper dépressive avant d’aboutir dans un institut psychiatrique, internée jusqu’à la fin de mes jours. Au 16e siècle, j’aurais certainement été brûlée pour sorcellerie.

          Aujourd’hui, au Québec, les femmes sont certes plus libres ; libres de voter comme elles l’entendent, libres de faire le métier de leur choix, libre d’avoir ou non des enfants. Nous sommes plus libres, mais quand je regarde autour de moi, j’ai l’impression que, parfois, nous nous coupons nous même les ailes, que nous nous ajoutons volontairement du poids sur les épaules, ce qui nous fait avancer plus lentement et plus difficilement que les hommes. 

          La plupart des femmes de mon entourage (et j’inclus mon moi-même) travaillent.  Elles travaillent dur.  À temps plein.  Elles ont des enfants (un, deux, trois et parfois quatre).  Elles travaillent et elles s’occupent des enfants.  Leurs conjoints travaillent aussi. Et ils s’occupent aussi des enfants.  Parfois. Jamais autant qu’elles. Une simple question ici : pourquoi ?

          Une amie m’a dit un jour, de la façon la plus naturelle qui soit : « Depuis que les filles sont nées, c’est toujours moi qui se lève la nuit. » Elle ne se plaignait pas, elle n’accusait pas son conjoint de ne pas en faire assez, elle me disait ça comme ça, en passant, pour faire la conversation.  Je me rappelle avoir figée (ses filles avaient alors 3 et 5 ans). Tout ce qui me venait en tête c’était : « Il est en fauteuil roulant, c’est ça, c’est pour ça qu’il ne se lève pas la nuit, hein ? ».  Pour moi, c’était la seule raison qui vaille ; la paralysie des membres inférieurs et rien d’autre. C’est écrit où exactement que c’est la mère qui doit toujours se lever la nuit ??? Pourquoi ne pas oser demander à son conjoint de faire un petit effort nocturne ? 

          Je pense également à cette autre amie qui s’occupe de tous les aller-retour à la garderie.  Pourquoi ne pas partager cette tâche avec papa ?!? « Ah ! C’est parce qu’il travaille loin, il commence tôt, il finit tard… ». Et bien,  il n’a qu’à faire comme nous, à quitter la maison encore plus tôt, à faire un détour et à rentrer vraiment crevé le soir parce que le plus jeune a décidé de s’affirmer et a refusé haut et fort de mettre ses bottes au départ de la garderie.

Pour moi, être libre ça ne veut pas dire tout faire toute seule.

Et puis, les papas, ils se permettent bien de partir une semaine complète à l’étranger ou dans un camp de pêche, sans culpabilité aucune. Alors que nous, si nous osons nous absenter deux heures un soir de semaine pour un cours d’Aqua-Gym, oh là, culpabilité assurée !

Et je ne parle même pas des tâches ménagères.  Je sais que plusieurs hommes cuisinent (mais bon, ça ne compte pas, la cuisine c’est tendance de nos jours), mais trop souvent les femmes assument encore plus que leur part d’ouvrage.  Je repose la question : pourquoi ?

Nous croyons être modernes, car nous avons une vie professionnelle et une autonomie financière, mais nous sommes encore prises dans de vieux stéréotypes qui nous empêchent de partager les tâches éducatives et domestiques avec ceux qui pourraient être nos meilleurs alliés, les papas.  

Emma