jeudi 15 février 2018

La maison d'enfance


Simplement à l’écriture du titre, je me rends bien compte de la chance que j’ai d’en avoir eu une, d’avoir eu un nid stable et douillet pour grandir et m’épanouir, entourée de parents aimants et d’une petite sœur (aimante, mais un peu tannante quand même).  Mes parents ont emménagés dans cette maison alors que j’avais 6 mois et ils n’en sont jamais partis.  Seule la mort les en a séparés.  Pendant longtemps, cette maison a été mon repère, mon ancrage, une source de ressourcement et de protection.  Même lorsque je l’ai quitté pour faire mes études collégiales et universitaires.  Même dans ma vie de jeune adulte alors que j’habitais avec mon amoureux et que nous tentions, à notre tour, de créer notre propre nid.  Je me suis séparée d’elle tranquillement, à mesure que les rides s’accumulaient sur mon visage et que je me créais de nouveaux repères, de nouvelles balises.  Et puis, un jour, j’ai réalisé que cette maison n’était plus mon port d’attache, elle restait unique, mais non plus indispensable pour moi.  J’avais mon amoureux, j’avais mes enfants, j’avais fondé ma famille, j’avais mes propres rêves.  Mais voilà que, quelques années plus tard, mon père décède et l’opportunité m’est donnée de retourner y vivre.

          Mais laissez-moi d’abord vous parlez d’elle, de ma maison d’enfance. Elle est pratiquement un membre de notre famille.  C’est une vielle maison de ferme construite en l’an 1910. Mes parents en ont été les deuxièmes propriétaires, nous en serons les troisièmes.  Mon père l’a eu pour une bouchée de pain à l’époque, ces vieilles maisons de campagne n’étant plus très populaires aux débuts des années quatre-vingt. Elle était blanche et verte pendant mon enfance, elle est maintenant bleue et beige.  Ma mère aimait bien raconter comment sa propre mère avait failli perdre connaissance la première fois qu’elle y avait mis les pieds. « Mon Dieu ! Je ne peux pas croire qu’il (mon père) ait amené ma fille dans un endroit pareil ! » . Ce n’était pas un petit bungalow propret, disons.  Mes parents y ont fait beaucoup de rénovations.  Les armoires de la cuisine, c’est mon grand-père paternel qui les a construites.  Le plancher du deuxième étage est fait de vieilles planches de bois larges d’au moins trente centimètres.  Il y a une ancienne cuisine d’été, qu’on appelle encore comme ça, mais qui n’en est plus une.  Il n’y a pas beaucoup de fenêtres avec vue sur les champs, les invités se demandent souvent pourquoi, mais tsé, dans le temps, les cultivateurs passaient leurs journées dans les champs donc ils n’avaient pas vraiment le goût de les contempler le reste du temps.  Il y a une vieille cuisinière au bois, qui fut très utile à mon père et ma sœur pendant le verglas de 1998.  Cette maison, elle a aussi une cave, pas un sous-sol là, une cave, pas finie, genre vraiment pas.  Elle porte en son sein également, plein de mouches domestiques, des mouches à marde comme on dit, quelques souris et parfois des fourmis.  Ma vieille maison, elle se chauffe au bois.  Elle a une vieille grange et un vieux poulailler pour lui tenir compagnie.  Une cabane à sucre aussi, une jeunesse, elle, par contre.

          Alors voilà, retourner vivre dans cette maison, c’est pour moi source de joie et d’angoisse.  Je ne cesse de dire à mon chum et à mes enfants qu’on se lance dans une nouvelle aventure.  Une nouvelle aventure qui est en même temps, pour moi, un retour en arrière.  Cette maison sera l’endroit où j’aurai passé la majeure partie de ma vie.  Est-ce vraiment ce que je souhaite ? Qu’est-il advenu de la petite fille qui voulait parcourir le monde ? De l’adolescente qui ne voulait pas d’enfants et qui ne voulait surtout pas vivre sur une ferme ? Mais les rêves ne sont pas statiques, ils changent et se modifient, eux aussi.  Mes parents ne sont plus de ce monde, mais à la ferme, ils seront partout, dans chaque craquement de planche, dans chaque érable qui coule, dans chaque chant d’oiseau.

  Voir aussi :
 La maison vide

jeudi 8 février 2018

L'épicerie de Mr. Henri


Il était une fois, un petit village de quelques milliers d’habitants.  Dans ce joli petit village de campagne, situé à environ une heure du grand centre urbain le plus proche, il y avait une petite épicerie locale tenue par Mr. Henri, troisième du nom, qui succédait à son père, qui avait lui-même succédé à son père avant lui.  Mr. Henri connaissait presque tous ses clients par leur prénom.  Il savait quels produits se vendraient bien dans son épicerie et quels produits seraient plus difficiles à écouler.  Mr. Henri commanditait souvent des événements locaux, il était très impliqué dans sa communauté.  Il créait des emplois stables dans son village et beaucoup d’adolescents avaient faits leurs premiers pas dans le monde du travail dans son épicerie.  Il y vendait des produits locaux autant que possible pour encourager les agriculteurs de la région.  Si les villageois désiraient un nouveau produit, ils pouvaient en discuter avec Mr. Henri qui pouvait adapter son offre en fonction des demandes de ses clients.

          Mais un beau jour, Mr. Henri, en écoutant les nouvelles du soir après une bonne journée de travail, apprit que le ministère de l’Alimentation venait d’adopter une nouvelle loi imposant la fusion de toutes les épiceries d’une même région avec un conseil d’administration unique et ce, dans le but de pouvoir offrir partout les mêmes produits et de permettre une plus grande accessibilité aux dits produits à tous les habitants d’une même région.

          Mr. Henri perdit son titre de propriétaire et devint simple gérant de succursale.  Ce n’était plus l’épicerie Chez Henri, c’était maintenant Supermarché Québec.

          Un beau lundi, Mme Simon ne trouva plus sa sorte de tisane habituelle sur les tablettes de l’épicerie.  Elle demanda au commis, qui était un très vieil employé de Mr. Henri et qui avait souvent réponse à ses questions, où était passée sa sorte de tisane.  Le commis lui répondit que plusieurs produits avaient changés, mais qu’il ne savait pas trop pourquoi, qu’il fallait s’adresser directement à Mr. Henri.  Mr. Henri lui dit que cette sorte de tisane n’était pas très populaire dans le grand centre urbain donc qu’il n’était plus rentable pour Supermarché Québec de s’en procurer pour la région.  Mme Simon demanda alors où elle pouvait se procurer cette tisane, Mr Henri répondit qu’il ne savait pas.

          Le mardi suivant, lorsque Mr. Beaudouin se rendit à l’épicerie, il fut surpris de découvrir qu’il n’y avait plus de tomates de la Ferme du Ruisseau, la petite ferme au toit bleu à la sortie du village.  Mr. Henri tenta de lui expliquer qu’il en coûtait moins cher à Supermarché Québec de s’approvisionner  en tomates à un seul endroit et que c’était la Ferme du Grand Chêne à 200 km d’ici qui avait été choisie.

          Le mercredi, Mr. Bouchard s’étonna, qu’il ne restait plus de pain sur les étalages. Selon Mr. Henri, c’est que la moyenne des gens de la région mangeait moins de pain que les habitants du village.  Il fallait faire des représentations auprès de Supermarché Québec pour justifier des besoins supérieurs en pain.  Les procédures étaient en cours, mais la personne responsable de l’analyse du dossier changeait tellement souvent que cela ralentissait considérablement la démarche.

          Le jeudi, Mme Binette remarqua en se garant dans le stationnement de l’épicerie qu’il y avait un nouvel abri pour ranger les paniers d’épicerie à l’extérieur.  Lorsque vint le temps de payer sa commande, aucun emballeur ne vint l’aider.  Elle s’en étonna à la caissière, mais celle-ci lui répondit qu’elle n’était au courant de rien et qu’il fallait s’adresser directement à Mr. Henri.  Celui-ci lui expliqua que Supermarché Québec trouvait plus rentable de permettre aux clients de sortir leur panier d’épicerie à l’extérieur plutôt que de payer des emballeurs.  De toute façon, plusieurs épiceries de la région n’avaient plus recours à ces services depuis longtemps.  Oui mais, objecta Mme Binette, notre village est l’endroit de la région où il y a le plus de personnes âgées et celles-ci apprécient grandement ce service.  Il fallait harmoniser l’offre de services répondit Mr. Henri. Il fallait voir le bon côté des choses, nous avions maintenant des sushis dans nos comptoirs.

          Le vendredi, Mr. Drouin ne reconnut ni la caissière ni le commis dans les allées de l’épicerie.  C’étaient des employés venant d’une autre épicerie qui faisaient un remplacement.  Ils n’avaient visiblement pas le goût d’être là.  Ils ne souriaient pas, ils n’avaient aucune idée d’où se trouvaient les produits et on les entendait souvent se plaindre que c’était loin et ennuyant de travailler ici.

          Le samedi, Mme Blanchette voulut réserver certaines pièces de viande comme à son habitude pour son souper de famille du dimanche.  Le boucher lui donna un formulaire à remplir.  Il fallait l’acheminer au centre administratif et compter quelques semaines avant que la demande ne soit traitée.  On communiquerait alors avec elle par courriel pour lui dire quand venir chercher ses pièces de viande à la boucherie centrale à 45 km de chez elle.  Mme Blanchette n’avait pas de courriel.  Elle n’avait pas de voiture non plus.  Inutile de préciser que le transport en commun ne desservait pas leur petit village.

          Le dimanche, Mr. Henri dû apprendre à ses cinq employés que deux postes seraient coupés.  Il dû ensuite tenter de rassurer les trois employés restants en leur faisant croire qu’ils n’auraient pas à accomplir à trois le travail de cinq et il dû tenter de les convaincre, comme les grands patrons le lui avaient dit, qu’on réorganiserait leur travail et que tout irait bien.

          Le mois suivant, on annonça à Mr. Henri que ses services n’étaient plus requis. Tout serait dorénavant gérer à partir du centre administratif urbain.

          Les trois loyaux employés continuèrent de faire rouler à eux seuls l’épicerie et ils travaillèrent d’arrache-pied pour offrir toujours un service de qualité à leurs clients, mais ils manquaient de temps et de soutien, surtout lorsqu’on leur imposa des heures d’ouverture obligatoires.  Ils devaient également dorénavant se rendre régulièrement dans l’épicerie du village voisin pour dépanner, car cette épicerie avait perdu plusieurs de ses employés.  Ils tentèrent à maintes reprises de joindre leur nouveau responsable ayant pignon sur rue à 80 km de là, mais celui-ci était difficilement joignable, ayant plusieurs épiceries sous sa responsabilité.  Et, lorsque les employés parvenaient à lui parler, il confondait souvent leur épicerie avec celle du village voisin.

          Le mois suivant, les trois employés, exténués et surmenés, démissionnèrnt.  Supermarché Québec afficha les nouveaux postes disponibles dans l’ancienne épicerie de Mr. Henri.  Il s’étonna d’avoir de la difficulté à les combler.

 

         

jeudi 1 février 2018

Réussir sa maternité


Réussir.  Réussir sa vie. Sa vie professionnelle.  Sa vie amoureuse.  Sa vie de famille.  Et surtout, sa maternité.  Car s’il est bien un échec ultime, c’est bien celui d’échouer en tant que mère.  Arriver à la conclusion pathétique que, comme maman, tu es passée à côté.  Tu as loupé quelque chose.  Tu n’as pas été là quand il le fallait, avec les bons mots. Le cauchemar récurent d’avoir échappé le ballon.

          Donc, on s’attèle, on y va à fond, on met toute la sauce, pour ne pas que cela arrive, pour n’avoir rien à se reprocher, pour être la mère de l’année.  On s’accroche aux critères véhiculés par la société actuelle pour évaluer notre valeur maternelle, pour être une cheffe de famille performante, pour avoir une étoile dans son cahier. Mais quels sont donc ces critères sur lesquels on se base pour évaluer notre qualité maternelle ? Voici ceux que j’ai scientifiquement identifiés au cours de mes neuf années de maman…

Critère de réussite de maternité #1 : Accoucher de façon naturelle.

Oui, accoucher à la maison avec une sage-femme, comme dans le temps, est essentiel pour bien débuter sa vie de maman. Non mais, sérieusement, qui souhaite extirper son être de la chaire d’une maman bourrée de produits chimiques ? Aussi bien signer son arrêt de mort tout de suite.  Qu’on donne la chance à nos enfants de naître exempts de toute toxicité ! Accoucher naturellement, pour une expérience plus humaine de la délivrance.  Laisser venir la douleur à soi, l’accueillir comme une vieille amie, l’aimer, ne faire qu’un avec elle.  Surtout, se détendre.  Dire oui à la vie. Au pays des Merveilles.  Loin des hôpitaux, des médecins et des méchantes épidurales. « Ça c’est bien passé, la maman et le bébé vont bien.  Un garçon de 7 ½  livres. Pas d’épidurale. » QUOI ?!?!!!! Mais depuis quand au juste que c’est une information pertinente à transmettre ? Pas d’épidurale = réussir son accouchement.  Une épidurale = rater son accouchement.  Une épidurale = ne plus avoir le contrôle sur soi et s’abandonner à la médecine moderne. Ça part bien mal un petit dans la vie ça.  Juste rappeler qu’à l’époque où toutes les femmes accouchaient de façon naturelle, c’est-à-dire jusqu’au début des années 1900, le taux de mortalité des femmes en couche et des bébés était beaucoup plus élevé.

Critère de réussite de maternité #2 : Faire des purées (et tout le reste ensuite…) maison.

Aille ! Aille ! Aille ! On ne va pas empoisonner nos petits trésors avec de la bouillie commerciale.  Allez ! Go ! Go ! Go ! On épluche des carottes et on sort le malaxeur ! Pas dormi de la nuit ? Pas encore dîné à 2h de l’après-midi ? Tututut, pas d’excuses, allez, on malaxe, on malaxe, on malaxe ! Il en va de la santé et du bien-être d’un tout petit bébé fragile et vulnérable.  Après tout, qui sait, peut-être que dans quelques années on va découvrir que la purée de pois commerciale est à l’origine des principaux types de cancer du cerveau.

Critère de réussite de maternité #3 : Ne pas arrêter de vivre parce qu’on a un bébé.

Il faut faire comme si rien n’avait changé, même si tout est tellement différent. Continuer l’entraînement.  Continuer les sorties. Traîner bébé partout, allez hop, au restaurant, dans les festivals, en voyage.  Continuer d’avoir une maison propre.  Au diable les cernes et la petite paupière qui ferme toute seule, on dormira dans la prochaine décennie !

Critère de réussite de maternité #4 : Avoir des enfants performants.

Car une des façons d’évaluer un parent, c’est de comptabiliser les accomplissements de ses enfants.  Il va donc de soi que pour réussir sa maternité, il faut avoir des enfants qui réussissent.  Une réussite sportive et/ou artistique en plus d’une réussite académique.  Il faut également avoir des enfants performants côté discipline et savoir-vivre. Ça prend un enfant  qui n’hésite pas à embrasser matante chose qui ne sent pas bon, qui dit toujours merci et s’il-vous-plaît et qui demande la permission avant de sortir de table.

Critère de réussite de maternité #5 : Être à la mode.

Cododo (pas pour tout de suite la chambre de bébé peinturée en trois couleurs), portage (pas question de laisser bébé seul dans une poussette pleine de plastique dépourvue de chaleur humaine), langage signé (pour que bébé parle encore plus vite), couches lavables (ce n’est pas parce qu’on a un bébé qu’on a le droit de polluer). Oui, il faut être de son temps.

Ouf !

Et si on laissait chaque maman trouver ce qui lui convient à elle et à ses enfants ? Et si on laissait nos jugements nous glisser tout doucement des mains?

 

 

 

jeudi 25 janvier 2018

Ce que le cancer m'a appris


Le cancer m’a d’abord appris à ne jamais rien prendre pour acquis.  Il m’a appris que rien n’est immuable, que rien n’est figé dans le temps, que tout est amené à changer, tout le temps.  Que le bonheur côtoie le malheur. Tout le temps.  Constamment.  Que rien n’est éternel et que tout a une finalité.  Que la vie et la mort sont intimement liées, que l’une ne va pas sans l’autre.  Jamais.  Il m’a appris que même ce qu’on imagine comme étant la chose la plus terrible au monde, on arrive à la prendre à bras le corps, on arrive à y faire face, presque malgré nous.  Le cancer m’a appris qu’il y a des choses qu’on ne contrôle pas et sur lesquelles il est inutile de s’acharner.  Le cancer m’a appris à considérer la fin potentielle de toute chose, ma propre fin et celle des autres.  Il a mis la mort au cœur de ma vie. J’en parle souvent, tout naturellement : « Quand je vais être morte… », « Quand tu seras mort… », « Si je meurs en premier… », « Quand tes parents vont mourir… ».

          Le cancer m’a appris que des métastases ce n’est jamais bon signe.  Il m’a appris les ravages de la chimiothérapie.  Il m’a appris ce que c’était des nausées, des vraies.  Il m’a appris qu’une mère, ça pouvait être fragile.  Et pleurer dans son lit le matin.  Et recommencer à croire en Dieu, malgré tout le chemin parcouru pour s’en séparer.  Il m’a appris qu’un père, ça pouvait perdre contact avec la réalité quand la souffrance est trop grande.  Il m’a appris qu’un père pouvait pleurer.  Et être sans mot. 

          Le cancer m’a aussi appris qu’un père, ça peut s’occuper seul de ses enfants.  Qu’un père, ça peut aller acheter des serviettes sanitaires à ses filles.  Qu’un père, ça peut soutenir sa fille aux prises avec une grossesse non-désirée et  qu’un grand-père, ça peut s’occuper d’un bébé naissant.  Le cancer m’a appris qu’on peut vivre sans sa mère.  Le cœur triste par moment, mais qu’on y arrive.

          Le cancer m’a appris que la foudre peut frapper deux fois au même endroit, qu’un cancer n’en empêche pas un autre.  Le cancer m’a appris que la maladie ne compte pas, qu’elle n’est ni juste ni équitable, qu’elle fait ce qu’elle veut, qu’elle ne fait pas la différence entre bons et méchants, jeunes ou vieux, riches ou pauvres.

          Le cancer m’a appris que mêmes anéantis, on peut organiser des funérailles.  Le cancer m’a appris que même quatre jours après le décès d’un être cher, on peut choisir de façon rationnelle la sorte de sandwichs qui seront servies au goûter après la cérémonie.  Le cancer m’a appris qu’il faut payer pour faire creuser un trou au cimetière.

          Le cancer m’a appris c’est quoi un picc line ou une voie centrale.  Il m’a appris l’attente interminable dans une chambre d’hôpital.  Il m’a appris l’espoir de voir arriver un médecin avec une bonne nouvelle.  Il m’a appris qu’il n’y a pas juste des jaquettes d’hôpital bleues, qu’il y en a aussi des vertes.  Il m’a appris à quoi ça ressemble un gémissement de mourant et que ça s’appelle vraiment comme ça, un gémissement.  Il m’a appris que la maladie rapproche ceux qui restent (« on se voit plus que pendant le temps des fêtes »).

          Le cancer m’a appris qu’on paye 50% d’impôt sur un gain en capital.  Il m’a appris comment liquider une succession. Il m’a appris c’est quoi un droit acquis, l’aliénation d’un lot, une servitude et c’est quoi être inscrit aux taxes. Il m’a appris que la TPS et la TVH, c’est la même affaire.  Il m’a appris que l’Union des producteurs agricoles et la Commission de la protection des terres agricoles existaient et pouvaient m’être utiles.  Il m’a appris qu’on met du diesel dans un tracteur, de l’essence dans une motoneige et mélange huile-essence dans une scie à chaîne. Il m’a appris à peser sur la flotte quand la température monte trop lorsqu’on sort le sirop d’érable.  Il m’a appris la différence entre un CELI et un REER.  Il m’a appris tout le travail invisible que quelqu’un peut faire. 

Le cancer m’a appris tout l’amour qu’on peut porter à quelqu’un et tout le vide qu’on peut ressentir à sa perte.  Il m’a appris que la vie nous rattrape toujours.  Il m’a appris que les aurevoirs arrivent toujours trop vite.  Il m’a appris qu’un peut devenir orpheline à n’importe quel âge.  Et apprendre à vivre avec.

 

 

jeudi 18 janvier 2018

La familia au centre d'achats


Bon.  Il ne faut pas se raconter d’histoires, magasiner en famille ce n’est J-A-M-A-I-S une réussite.  Même si je tente à chaque fois une nouvelle stratégie pour rendre l’expérience, non pas agréable, mais du moins tolérable, c’est la catastrophe assurée.

          Donc, habituellement, je reviens de mon magasinage en famille certes fatiguée, mais pas trop déprimée, car je m’étais déjà préparée mentalement au chaos. Ne vous méprenez pas, je ne suis pas masochiste, si j’ai l’opportunité d’aller magasiner sans mes enfants, je le fais, mais parfois je n’ai juste pas le choix.  Alors, aujourd’hui, nous sommes partis par cette moite journée d’été, en direction d’Ottawa et j’étais prête à affronter le pire. Mais voilà qu’au retour je me retrouve dans un état dépressif hors du commun.  Je me questionne alors : « Que s’est-il donc passé de si épouvantable pour que je me retrouve dans cet état ? »

          La gestion de mes enfants-tourbillons fut de la haute-voltige, mais pas plus que d’habitude.  Ils ont eu envie de faire pipi au pire moment, lorsque nous étions le plus loin possible d’une toilette, ils se sont amusés à tirer les vêtements sur les mannequins, ils ont joué à cache-cache dans les racks de linge au risque de tout faire tomber et ils se sont couchés sur les lits au La Baie sous les regards désapprobateurs de vieilles vendeuses anglaises.  Mon aîné de 9 ans a angoissé toute la journée à savoir s’il achèterait un Jeep ou une Mustang quand il serait grand (je me demande de qui il tient celui-là…) et le cadet a toujours sa tendance naturelle à se coucher de tout son long à même le plancher du magasin lorsqu’il décide qu’il en a assez.  Le tout agrémenté de quelques « J’ai faim ! », « J’ai soif ! », « Je veux un jouet ! ».  Donc, comme je disais, une journée normale.  Et même, un charme, comparé à pareille journée en hiver où je me promène dans le centre d’achats avec mon manteau détaché et mes grosses bottes d’hiver pleines de slush , tenant les manteaux des enfants dans mes bras avec des mitaines et des foulards qui sortent de partout, les cheveux pleins de statique et les lèvres gercées.  Mon Dieu qu’une famille qui déambule dans un centre d’achats l’hiver c’est tout sauf glamour !

          Et soudain, sans crier gare, ma face d’enterrement s’illumina, car je venais de mettre le doigt sur la source de ma déprime : j’avais poussé la folie jusqu’à aller magasiner un maillot de bain en famille ! J’étais bonne pour l’asile.  Pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ? Magasiner un maillot de bain est T-O-U-J-O-U-R-S une expérience traumatisante pour une fille.  Alors, les maillots de bain ont réussis, ce jour,  à mettre bien en évidence les trois choses suivantes :

1-    J’étais blanche comme un drap malgré le fait que nous étions au milieu de l’été.

2-    J’avais vieillie.

3-    J’avais un corps disproportionné (toujours le fun de réaliser que tu as de besoin d’un large pour le bas et d’un small pour le haut, tiens, dans ta face la grande !).

J’ai fini par acheter un maillot de bain large en bas et large en haut (c’est tout ce qu’il restait), on s’entend qu’il y a du lousse dans la partie supérieure, mais c’était ça ou l’abonnement au camp de nudiste pour le reste de l’été !

jeudi 11 janvier 2018

Ma première rencontre avec la famille X


Je me rappelle encore de la première fois que je les ai rencontrés (je devais avoir 20 ans à l’époque).  Une famille comme dans les films. Le genre de famille parfaite.  À sa tête, un couple marié depuis si longtemps qu’on ne compte même plus les années. Un couple que tu peines à les imaginer l’un sans l’autre.  Le Yin et le Yang.  Les deux qui ne font qu’un. Un modèle de stabilité et de durabilité.  Ce qui frappe le plus quand on les voit pour la première fois, c’est à quel point ils sont assortis, autant physiquement (même cheveux blancs, même taille, même façon de s’habiller) que psychologiquement (même obligeance,  même érudition).

          Elle, elle est ultra sympathique.  Douce, aussi.  L’imaginer en colère relève de la science-fiction.  Elle est également hyper-méga-organisée, genre vraiment intense.  Lui, il est ultra sympathique également.  Attentionné, aussi.  Alors que j’allaitais mon bébé naissant seule dans un coin sombre pendant une fête de famille, c’est le seul à avoir pensé à me sauver un morceau de dessert et à me l’avoir apporté.  De la classe, tu dis.  Il a occupé des postes importants dans sa carrière, comme mon beau-père, et, comme lui, il aime bien en parler et raconter ses hauts faits d’armes.

          Donc, revenons à cette première rencontre.  C’est dans le temps des fêtes, je crois.  La table est parfaitement mise.  Tout le monde se présente.  Il y a les trois garçons et la fille.  Il y a le plus jeune, le plus petit, aux yeux bruns perçants, volubile, drôle et à l’aise comme un animateur de télé.  J’ai l’impression de côtoyer une vedette tellement son aura est grande.  Ensuite, il y a celui du milieu, humble et brillant. Il possède une sorte d’intelligence naturelle qui pousse toute seule.  Il est drôle aussi, plus pince sans rire par contre.  Et finalement l’aîné, grandiose et volubile aussi, sûr de lui.  L’artiste, l’ingénieur et l’entrepreneur.  La famille parfaite, je vous dis.  Il me reste la fille, mais je me la garde pour une autre fois.

          Au fil de la soirée, je m’aperçois qu’ils ont tous (ou on eut par le passé) des passe-temps de riches (voile, plongée sous-marine, danse classique, violoncelle, etc.).  Toutes des choses que j’associe à l’époque aux biens nantis.  J’ai l’impression d’assister à une fête de famille d’une autre classe sociale.

          Au moment du repas, la maman nous informe que c’est elle qui a préparé le repas, mais que ce sont ses enfants qui vont assurer le service.  Alors, pendant le souper, ils sont trop beaux à voir, un s’occupe des verres d’eau, l’autre des verres de vin, un autre sert les assiettes et le dernier desserre.  L’harmonie.  En apparence du moins.

          Après le souper, on me demande si je veux un pink lady. Je ne sais même pas ce que c’est un pink lady. Un drink de riche, j’imagine. Je dis quand même oui.  Je suis plutôt surprise quand je vois le drink rose bonbon arriver.  Dans de l’argenterie, ma foi.  C’est la première fois de ma vie que je bois dans de l’argenterie. Pas mauvais le pink lady.

          Mais le clou de la soirée, c’est quand ils se mettent tous à chanter et à jouer de la musique (pis pas du zing zing de gratteux de guitare, là). Moi, je suis là, avec ma coupe en argenterie remplie de liquide rose bonbon et je regarde cette famille exécuter des chants mélodieux.  Je suis alors partagée entre deux sentiments, tout cela étant tellement loin de ma réalité habituelle (voir Contry girl).  D’une part, je les juge un peu, je les trouve bourgeois.  D’autre part, je me sens attirée par leur monde, par cette vie qui m’apparaît chic et de bon goût.

          Sur le chemin du retour, je me suis dit que cela avait été une immersion en terre inconnue et j’étais encore perplexe dans ma tête.  Mais ce que je me rappelais surtout, c’était de leur grande gentillesse, à tous.

 

 

         

jeudi 4 janvier 2018

Les introvertis sont aussi des êtres humains


Je suis à un souper entre amis du temps des fêtes.  Un ami est intrigué par mon blogue, il se demande comment m’est venue cette idée de bloguer.  C’est une bonne question, à laquelle je tente de répondre de mon mieux et le plus honnêtement possible.  Il ne semble toutefois pas satisfait de ma réponse et revient à la charge : « Oui mais, tu m’as toujours paru quelqu’un de réservé.. », « Ben justement » que je lui réponds « c’est plus facile pour moi d’écrire que de parler ».  Il ne semble toujours pas convaincu.

Sur le coup, je n’ai pas compris son incompréhension.  Il me semble que c’est bien connu qu’il y a de grands timides qui ne réussissent à s’exprimer que par la peinture, la chanson, le jeu, l’écriture, etc.  Mais en y repensant par la suite, je me suis dit que cela était peut-être juste évident pour moi au fond, car, en tant qu’introvertie, je sais pertinemment qu’une personne introvertie ce n’est pas une coquille vide. Mais, force est de constater que les non-introvertis n’ont pas nécessairement cette perception.  Cela m’a attristée.  Ben oui.  Je dois être naïve.  Pour moi, c’est évident que ce n’est pas parce que quelqu’un ne parle pas qu’il n’a rien à dire.

Il arrive souvent que je ne donne pas mon opinion.

Parfois, il est vrai que je n’en ai pas. D’autres fois, j’en ai une, mais je n’ai pas la force/le goût/l’envie/l’habileté de la dire plus haut et plus fort que les autres pour être entendue. Ou, j’ai un semblant d’opinion, mais je ne connais pas le sujet à fond, alors je préfère me taire plutôt que d’avancer des demi-vérités.  Ou, je ne suis pas assez vite pour aligner mes idées les unes à la suite des autres et produire un message qui se tient, donc je dois réfléchir un peu et OUPS ! On a changé de sujet de conversation.  Ou, je n’ai juste pas l’énergie d’être en désaccord avec tout le monde et de devoir argumenter et argumenter et contre argumenter,…

J’entretiens rarement les gens sur un sujet qui m’intéresse.

D’abord parce que je ne suis jamais tout-à-fait convaincue que ça va intéresser les autres.  Et je suis rarement suffisamment interpellée par un sujet pour en connaître toutes les subtilités, et surtout, pour m’en rappeler.

Je parle peu de mes sentiments et de mes émotions.

Cela ne veut pas dire que je n’en ai pas.  J’ai toutefois un malaise à les étaler devant un grand groupe ou devant des gens que je connais peu.  Je suis souvent en maudit, en esti même.  Il m’arrive de crier et même de casser des assiettes et de renverser des chaises.  Je peux également avoir de grandes peines.  Je peux être blessée par tes propos, surtout si tu me dis : « Mon Dieu, es-tu toujours silencieuse de même ?!? », cela ne me met pas vraiment en confiance et ne m’aide pas à m’ouvrir davantage, mettons.  J’ai besoin de prendre mon temps et d’apprivoiser les gens.  J’ai aussi de grands moments de bonheur, mais je n’écœure pas le peuple avec ça, je n’ai pas la prétention de croire que ça intéresse tout le monde.

Je parle peu, mais j’écoute et je suis sensible à ce qui m’entoure.  Je ne suis pas un meuble dans la pièce.  Il peut arriver que je sois silencieuse pendant plusieurs minutes, voir plusieurs heures.  La discussion ne m’intéresse peut-être pas et je n’ai peut-être pas les habiletés sociales nécessaires pour changer de sujet ou pour pouvoir relier ce dont il est question à une expérience personnelle.  Il arrive aussi que je disparaisse dans mon monde intérieur parce que cela est plus facile pour moi que de tisser des liens avec ceux qui m’entourent (ça, je sais que ce n’est pas super sain comme habitude, mais je travaille là-dessus).

Alors, oui, je suis introvertie.  Oui, je manque probablement de confiance en moi.  Mais je ne suis pas un objet inerte.  Je pense.  Je ressens.  J’ai des histoires à raconter.  Je ne sais juste pas toujours comment.

Les introvertis