vendredi 23 octobre 2020

Vie de famille : l'heure du souper

 


Il est 18h00.  Le souper est prêt.  La famille est réunie.   Les écrans sont fermés.  C’est notre moment de qualité. Ici, les repas en famille c’est sacré, on instaure des traditions, on se crée des souvenirs.

Moi : Les enfants, le souper est prêt !

Fils cadet :  Après ma vidéo !

Fils aîné : …

Papa : Les as-tu appelés, c’est prêt là !

Moi : Ben oui, je viens juste, t’as pas entendu ?!

Papa : Ben, on dirait pas que t’es a appelé, y’a toujours personne d’assis à table !

Moi :  Les enfants, le souper est prêt !

Fils cadet : Il reste deux minutes à ma vidéo !

Fils aîné : - …

Moi :  Non, on mange MAINTENANT !

Fils aîné : Hein ? Quoi ? Qu’est-ce que t’as dit ?

Moi :  LE SOUPER EST PRÊT !

Fils aîné : -Ok. Ok. Pas obligé de crier !

Les fils arrivent en courant. Fils cadet se verse du lait.

Fils aîné :  Vite ! Moi aussi, j’veux du lait, j’ai soif !

Fils cadet se dépêche.  Il renverse du lait.

Papa : Bon. Ramasse ton dégât et CALME-TOI !...Non, ta manche de chandail ce n’est pas une guénille !

Fils aîné : Qu’est-ce qu’on mange ?

Moi : Du poulet.

Fils cadet : Noooon ! Pas ce poulet-là ! Je l’aime pas.

Fils cadet fait la baboune.

Moi : C’est le même qu’il y a deux semaines et tu l’as tout mangé.

Fils cadet : Non ! C’est pas le même ! Celui-là c’est le poulet-crotte-de-nez et je vais pas le manger !

Moi : Ben, c’est ça, mange pas.

Fils aîné se précipite sur le Ketchup.

Fils cadet : Aïe ! Moi aussi, je veux du Ketchup !

Moi : Du calme, il y a assez de Ketchup pour tout le monde.

Papa : Bon, les garçons, racontez-nous donc votre journée.

Fils cadet : Je m’en rappelle plus.

Fils aîné : J’ai pété toute la journée !

Moi : Chéri, est-ce que tu peux me verser d’autre vin, SVP ?

On prend chacun une bonne gorgée de ce nectar calmant.

Papa : Qu’est-ce que vous avez envie de faire en fin de semaine…Aïe ! Lâche le chat et viens t’asseoir finir ton assiette !

Moi : On mange avec ses ustensiles !

Papa : Et au-dessus de son assiette ! Non, tu n’essuie pas tes doigts sur ton napperon !

Fils aîné : Ben, j’ai pas d’essuie-tout !

Moi : D’où l’idée de manger avec des ustensiles.

Papa : Qu’est-ce que tu fais encore debout ?

Fils aîné : Je m’en vais aux toilettes !

Moi : Ferme ta porte !

Moi : Lave tes mains.

Fils aîné : Ben là, j’ai juste fait un p’tit pipi…

Moi : Chéri, tu me passe-moi la bouteille de vin, SVP ?

Je me verse une bonne rasade.

Fils cadet : J’ai fini de manger !

Fils aîné : Moi aussi !

Moi et Papa :  Vos assiettes dans le lave-vaisselle !

 

Les fils disparaissent en coup de vent.  J’ai pris quatre bouchées, mon chum deux.  Il est 18h04.

 

samedi 10 octobre 2020

Bilan pandémique (à la Bridget Jones)

 


Nombre de fois où je me suis dit : c’est peut-être juste un mauvais rêve : 18.  Nombre de paquets de rouleaux de papiers de toilette entreposés : aucun.  Nombre de jours de télé-travaille pour mon chum : 210.  Nombre de jours que mon chum a passé en pyjama : 210.  Nombre de pyjama que possède mon chum : 1. Nombre de fois que je me dis que vais brûler ledit pyjama à la fin de la pandémie : tout le temps.  Nombre d’enfant : 2.  Nombre d’enfant au primaire : 1.  Nombre d’enfant au secondaire : 1.  Nombre d’autobus manqué pour cause d’oubli de masque : 1.  Nombre de thermos disponible en magasin : - 304. Nombre de billet de comportement reçu de l’école pour cause d’aspergeage d’un camarade de classe avec Purell : 1.  Nombre de fois où j’ai pensé : faudrait pas que les écoles de mes enfants ferment : 45.  Nombre d’école de mes enfants fermée : 1.  Nombre d’ado inquiet que l’on voit passé l’un de ses parents à l’écran pendant ses cours par Teams : 1.  Nombre de fois où j’ai arrêté de respirer dans un lieu public en me disant : shit, j’ai pas mon masque : 2.  Nombre de fois où je me suis cachée la face avec mon chandail pour retourner à l’auto chercher mon masque : 2.  Nombre de fois où j’ai regardé des amis qui voulaient me serrer la main comme s’ils étaient des malades mentaux : des fois.  Nombre de fois où je me suis dit : tout d’un coup que je ne touche plus jamais à personne à part mon chum en pyjama pis mes enfants ? : 100. Nombre de pain fait maison : 0.  Nombre de caissière du Tim Horton que j’ai entendue dire en panique : on va tous finir par la pogner ! : 1.  Nombre de lieu public fréquenté ayant un désinfectant ben trop liquide : 7.  Nombre de lieu public fréquenté ayant un désinfectant ben trop puant : 9.  Nombre de lieux public fréquenté ayant un désinfectant ben trop fort qui décape : 3.  Nombre de fois où j’ai transgressé les règles sanitaires : …quelques mini-fois.  Nombre de fois où je suis contente de ne pas rester en ville : toujours.  Nombre d’achat impulsif fait en ligne sous l’influence de l’alcool : 2.  Nombre d’achat impulsif fait en ligne sous l’influence de l’alcool qui a été livré : 1.  Nombre d’argent supplémentaire dépensé en boisson alcoolisé : ça ne se dit pas.  Nombre de test de dépistage effectué pour un enfant fiévreux : 1.  Nombre d’enfant infecté : 0.  Nombre de fois où j’ai utilisé la pensée magique pour m’apaiser tout en sachant qu’il s’agit d’un comportement immature : 27.  Nombre de fois où j’ai réussi à suivre les flèches sans me tromper au magasin : 4.  Nombre de fois où je me demande si cette pandémie va durer éternellement : trop souvent.

 

 

dimanche 6 septembre 2020

Dans la cour des grands

 


Je pensais que l’entrée à la maternelle serait ze événement. L’événement le plus marquant pour mon enfant et moi parmi tous les événements qui jalonneraient son parcours jusqu’à l`âge adulte. La transition des transitions.   Les balbutiements de la vraie autonomie et le début des apprentissages avec un grand A.  Son premier sac d’école, ses premiers crayons de couleurs, identifiés chacun individuellement avec amour, son premier duo-tang rouge à pochettes.  Tel devait être le moment le plus émouvant et bouleversant dans ma vie de mère.  Mais non. Un autre est venu lui rafler la vedette, le pousser dans un coin, remuant encore plus d’émotions sur son passage : l’entrée au secondaire.

            L’arrivée dans le monde des responsabilités et des tâches sérieuses.  L’abandon graduel de l’univers ludique et récréatif.  Le premier constat de mon ado : « Maman ! Il n’y a pas de jeux dans la cour d’école ! Tout ce qu’on peut faire c’est marcher et discuter ! ».  Le prof d’anglais parle juste en anglais, le prof de sciences parle trop vite, la prof d’art peut parler une heure sans s’arrêter.

Mon fils a également fait la rencontre de l’angoissant cadenas à numéro.  Après sa première journée d’école, il est ressorti de son lit à vingt-deux heures en me disant qu’il voulait encore se pratiquer à ouvrir son cadenas.  Ma gorge se noua à ce moment-là ; je fis un bond en arrière de trente ans et me rappelai ma propre angoisse cadenassée au même âge.  En fait, je ne me contentai pas de m’en rappeler, je la revécus, comme si j’y étais, je sentis presque le curseur du cadenas sous mes doigts exécuter des tours et des demi-tours de 24 à 11 à 43.  Mon fils m’avoua aussi sa peur, à chaque soir en quittant l’école, d’oublier quelque chose d’important. Je me remémorai alors mes propres tourments d’étudiante : les cauchemars récurrents d’être passée tout droit le matin d’un examen, la crainte de pénétrer dans la mauvaise salle de classe, l’appréhension face à tous les travaux à remettre en même temps. Toutes ces émotions revinrent me visiter, comme si elles ne m’avaient jamais quittée.

 Le secondaire, c’est aussi la fin du confort des pantalons de jogging portés à l’année.  Dorénavant, tu dois les trimbaler dans un sac à part. Et ne pas oublier ledit sac. Où va-t-on se changer ?  Comment cela va-t-il fonctionner ? Est-ce que je dois amener mon déodorisant ?

Et le temps qui s’accélère.  Les récréations qui n’existent plus vraiment. Les cours qui s’enchaînent.  Le début des préoccupations.  Mon garçon, du haut de ses douze ans, qui doit maintenant affronter la vie et répondre aux attentes.  La perte de cette pureté d’âme et spontanéité de l’enfance.  Le début d’une vie où l’on devient hyper conscient de tout : de soi, des autres, des normes, des possibilités, des contraintes.  Un monde où l’avenir commence à exister.  Un monde où le moment présent s’effrite de plus en plus. Après sa première semaine de cours, mon ado s’exclamera : « J’aimerais ça être encore insouciant comme mon petit frère ! » et de dire aussi « C’est la plus grande épreuve de toute ma vie ».

La fin de l’innocence.

Voilà pourquoi, je crois, cette rentrée au secondaire me bouleverse tant.  

 

 

 

           

dimanche 16 août 2020

Camping en famille : le plaisir décroît avec l'usage

L’an passé, pour nos vacances d’été, nous avions opté, entre autres, pour quatre nuits de camping en tente Huttopia toute équipée et nous avions a-d-o-r-é l’expérience.  Les joies du camping avec le confort en plus (frigo, lit surélevé, chauffage, etc.).  J’étais même restée un peu sur ma faim.  J’ai donc voulu récidiver cette année en réservant quatre nuits de camping de luxe dans deux camping différents (donc huit nuits si vous me suivez bien).

La première moitié du voyage fût un vif succès.  En pénétrant dans notre premier campement, mon plus jeune s’écria dans un élan de joie : « Je suis tellement content d’être ici !!! ». Alors là, je me suis souri à moi-même en me disant que j’avais vraiment fait un bon choix de vacances.  Mon chum avait pensé à amener les vélos des enfants et ceux-ci disparaissaient donc à tout moment pour aller explorer les alentours ou terroriser les plus jeunes au parc en montant la glissoire du côté où tu es supposé glisser.  Pendant ce temps, mon chum et moi, on prenait un apéro full relaxe en appréciant le moment présent comme des champions.

J’étais heureuse.

Je me revois encore faisant la vaisselle en plein soleil en soulignant à mon amoureux à quel point même faire la vaisselle devenait agréable en camping.  Encore mieux : les enfants vinrent nous proposer leur aide.  Non seulement pour la vaisselle, mais aussi pour partir le feu, pour faire cuire les hot dog, pour ramasser le bois. Le soir, ils nous suppliaient pour aller se coucher dès que la noirceur s’installait.  Je m’auto-félicitais.  Quel génie j’étais.   Une super maman qui offrait des vacances de rêve à ses enfants.  Ceux-ci s’occupaient en cueillant des framboises, en construisant des pièges à tamia et en se fabriquant des baguettes magiques avec des branches d’arbres.  Je répétais de façon obsessive à mon chum à quel point nous étions bien.  Et le plus important : absence de tous types d’écrans confondus.  Une cure pour tout le monde, moi y compris ; aucun signal sur mon écran cellulaire.  Une note parfaite sur toute la ligne.

Nous nous transportâmes donc au 2e camping.  Première déception : à la sortie de la voiture, les mouches noires nous assaillirent.  Les enfants se mirent à chigner, mon chum me regarda d’un air inquiet et moi de me dire, paniquée : « Des mouches noires au mois d’août, sérieux ?! ».  Les chemins de ce camping étant plus cahoteux et pentus ; le vélo perdit de son intérêt.  Je ne me laissai pas abattre pour autant et me focalisai sur le positif : nous avions une belle vue sur la rivière.  Prochaine activité : une ballade en kayak.  Super.  Mon plus vieux se mit tout de même à ronchonner : il préférait le premier camping, il s’ennuyait, c’était long pas d’écran.  On essuya une journée de pluie : le moral des troupes fût sérieusement en baisse, le mien en premier.   Après la nuit d’averse, tout était mouillé à l’extérieur de la tente et tout était humide à l’intérieur de la tente.  Lors de ma promenade matinale pour aller soulager ma vessie, je marchais dans la bouette sur un fond d’air froid-humide-dégueu et je déprimais. À mon retour à la tente, je cherchais une petite veste à me mettre sur le dos; je pris la moins humide, qui ne me réchauffa pas du tout.  Tout étant trempé, je bus mon café et mangeai ma toast debout toute crispée dans le seul petit carré de soleil présent sur notre terrain.  Et là mon cerveau partit en vrille ; quatre nuits c’étaient amplement suffisant, huit nuits, beaucoup trop, toujours arrêter une activité à son apogée.  J’avais l’impression d’être mouillée jusqu’à l’intérieur de mes os.  J’avais mal au dos.  Tout mon linge sentait la fumée et tous mes souliers étaient plein de sable (oui, oui, j’ai amené cinq paires de souliers pour neuf jours).  Je puais.  J’étais collante.  Je trouvais débile la petite marche en forêt pour aller me brosser les dents alors que je la trouvais si zen au début.  Un écureuil pénétra dans notre tente, ravagea notre dernier rouleau d’essuie-tout, grugea la moitié d’une banane et déféqua un peu partout.  Mes enfants, jadis amis des animaux, se mirent à faire des rêves macabres d’écureuils morts.  Mon plus vieux ne se remit pas de la banane perdue et mon chum pleura les essuie-tout déchiquetés.  J’essayais encore une fois de focaliser sur le positif, de ne pas me plaindre devant les enfants : je n’entendais pas, en ce moment, délirer un youtubeur français ou crier un personnage débile de télétoon dans mes oreilles, ce n’était pas rien quand même.  Plus tard, surf à pagaie avec mon aîné.  Super.  Mais je peinais à en profiter en voyant l’air découragé de mon chum qui tournait en rond dans un canot pneumatique avec mon plus jeune qui refusait de pagayer.  Je regardai mes premières photos mises sur facebook pour me rappeler que j’avais déjà été heureuse.  Évidemment, inutile de mentionner qu’à ce stade, plus personne ne nous offrait d’aide pour faire la vaisselle.

Et là, je me suis dis que je devais être une maniaco-dépressive du camping : avoir été si enthousiasme au départ et être si dépressive en ce moment.  Et puis, qu’est-ce que je faisais isolée dans le fond des bois alors que je vivais déjà dans les bois à l’année ?

Mon père avait coutume de dire que la visite c’était l’fun deux fois : quand ça arrivait et quand ça repartait.  Ouin, ben idem pour le camping.

 

 

 

  

jeudi 2 juillet 2020

Mon enfant tourbillon


Il est encore petit, que dis-je, il est minuscule.  Six semaines à peine.  Déjà, il ne dort pas beaucoup.  Tout juste deux siestes de vingt minutes durant la journée. Bien sûr, parfois il peut roupiller pendant deux heures au milieu de l’après-midi ; un événement que je sais non-récurrent, une pause improbable dont je profite difficilement, imaginant ma petite boule de vie malade ou inerte.

Mon entourage me conseille : fais-le dormir à l’extérieur, l’air frais c’est magique ; fais-lui faire sa sieste dans la poussette, tu vas faire un petit tour et hop, dodo ! L’air frais ne nous a jamais été d’aucun secours.  Le tour de poussette s’est vite transformé en marathon du style tu roules comme une malade pendant 45 minutes avant qu’enfin il ne coopère et se décide à fermer les yeux et dès que tu immobilises la dites poussette plus de deux minutes le réveil est instantané.  Il ne nous restait plus que la ballade en voiture, efficace en l’absence de stop ou de lumières rouges.

Mon petit tourbillon, il vocalise, il babille, il manifeste sa présence de quelque façon que ce soit.  Le siège vibrant, la balançoire qui chante, les jouets qui brillent ne lui suffisent pas ; il a besoin de plus. Il a besoin d’une interaction en face à face, de mimiques loufoques, d’une implication émotive digne de ce nom ; il ne se contente pas d’une petite vie de bébé tranquille à regarder les feuilles bouger sous le vent.  À dix mois, quand il replace les images magnétiques sur le frigo dans le mauvais sens et que celles-ci chutent au sol, il les lance à bout de bras en hurlant. 

Depuis toujours, il a cette énergie qui nous laisse pantois.  Cette intensité plus grande que nature.  Cette batterie qui se recharge à vitesse grand V.  Je me rappelle ses cris de joie lorsqu’il a reçu ses petites voitures de Flash McQueen le Noël de ses trois ans.  J’ai cru un moment qu’il s’évanouirait de bonheur.  Je me souviens aussi de cette activité spéciale dans la classe de prématernelle où les enfants devaient fouiller dans une grande boîte en carton pour se concocter un costume qu’ils porteraient ensuite pour une sympathique parade dans les couloirs de l’école.  Mon petit tourbillon, lorsqu’il faisait une trouvaille, il l’extirpait de la boîte dans un mouvement grandiose de victoire et de célébration.  Ces accessoires se transformaient en éléments fabuleux qu’il portait fièrement, que ce soit une perruque de clown, de vieilles brettelles ou de grandes pantoufles multicolores.  Et tout cela sous l’œil ahurit de ses camarades, beaucoup moins enthousiasmes face au contenu de la boîte.

 Mais, bien évidemment, avec la joie excessive venaient également les crises toutes aussi excessives.  Des crises qui ébranlent, qui secouent, qui remettent tout en question presqu’à chaque fois.  Des crises qui se poursuivent malgré l’âge qui avance.  L’impuissance.  La recherche de solutions.  La souffrance cachée derrière ces éclats de colère, la douleur même.  L’incompréhension de l’entourage.

Un entourage qui se veut bienveillant, mais qui ne l’est pas toujours.  Les jugements, inévitables.  Je les reconnais si facilement ces regards qui sous-entendent Laisse-moi le deux semaines pis j’vas te le placer moi ! Et puis, je les entends les soupirs, je les vois les yeux levés au ciel, je les sens les postures qui se crispent d’intolérance. Dans sa grande sensibilité, mon petit tourbillon les ressent lui aussi. Et mon cœur de mère qui éclate en mille morceaux.

Toujours en mouvement.  Son corps en mouvement, ses pensées en mouvement, comme autant de balles rebondissantes.  Les bruits constants, les repas pris sur un coin de table à demi-assis, les gestes sans demi-mesure.

L’adaptation au monde extérieur est et sera toujours un défi pour lui.  Un monde dont il ne comprend pas toujours les codes.  Son imagination comme refuge.  Sa grande créativité.  Son énergie sans fin. Sa vivacité.  Tant de qualités souvent masquées par des émotions en montagnes russes.      

    L’amour, toujours là.  Parfois fragilisé par l’épuisement, parfois amplifié par l’isolement.

Des certitudes qui volent en éclats, des apprentissages perpétuels, un avenir nébuleux. 

Mon enfant tourbillon qui m’aide à ne rien prendre pour acquis et à toujours aller de l’avant.






mercredi 17 juin 2020

La Réunion
















jeudi 14 mai 2020

Dans mon jardin




           
Cette année, je me suis dit que ce serait peut-être ze année.  L’année où je me lancerai tête baissée dans le jardinage pour faire pousser mes propres légumes (bon là je sais que le terme exact c’est potager parce qu’un jardin c’est plus comme genre pour faire pousser des fleurs, mais je vais quand même utiliser le terme jardin parce que chez-nous les légumes ça poussait dans un jardin).  Alors voilà, en ces temps de pandémie, de confinement, de chacun chez-soi et des attention une ballade à l’épicerie peut vous tuer ou tuer vos grands-parents (bon, pu de grands-parents ni même de parents dans mon cas, mais disons pour ceux des autres), je réalise que c’est le moment ou jamais de faire un jardin.  C’est ze momentum.  Parce que, voyez-vous, je reste en campagne et j’ai assez d’espace pour faire au moins 350 jardins.

            Je commence à parler de jardin avec mon chum.  Mmmm.  Il est aussi intéressé que si je lui jasais menstruations.  Je me questionne : pour retourner la terre, on ne va toujours bien pas faire cela à la bêche ? Est-ce qu’il faut engager quelqu’un avec un motoculteur ? Qui ? Mon chum me regarde comme si je parlais chinois.  Bon, il gèle encore la nuit, ça ne presse peut-être pas tant que ça…à moins qu’on remette ça à l’année prochaine ? Mon enthousiasme est on ne peut plus fragile.  Mon chum me dit que j’ai juste à m’informer.  Ben oui, bonne idée.  Surtout qu’il y a quelque chose comme 200 personnes autour de moi qui font des jardins, j’ai plein d’experts potentiels au bout du fil.  Juste à appeler. Facile.  Bof. 

            Peut-être que mon absence d’amour pour le jardinage remonte à l’enfance.   Un traumatisme infantile, ça doit être ça.  Ma mère faisait un jardin.  Ma sœur et moi, étions amenées à contribuer.  Désherber sous un soleil de plomb avec les mouches qui te tournent autour.  J’avais beau chercher, je ne trouvais rien d’amusant là-dedans.  Je ne comprenais pas que ma mère s’inflige volontairement cette torture ; il n’en vendait pas à l’épicerie du village des légumes ? Et puis, j’avais plein de terre qui se ramassait sous mes ongles. Arrrkk. Et parfois, il y avait les vers de terre. Double arrkkk. Posture inconfortable ; accroupie, à genoux, assise tout croche. Courbaturée à respirer de la terre.  Y fait chaud pis c’est full bibittes.  Je me répète, je ne vois pas en quoi je passe un beau moment.  Et dire qu’il y en a qui trouve que c’est une activité zen, relaxante.  Moi, j’ai juste hâte que ça finisse pour aller prendre ma douche ou me garocher dans la piscine.  Et puis, par temps trop sec, il faut penser à arroser le dit jardin, une charge mentale de plus : vérifier la météo et stresser pour ses concombres.  Je me souviens aussi de ma mère qui disait à mon père de ne pas oublier d’aller abriller les tomates parce qu’il annonçait du gel cette nuit.  Et mon père qui partait avec ses sacs de jute à la brunante.  Je me souviens que je ne comprenais pas trop ce qui se passait et que je trouvais bizarre toute cette frénésie autour des tomates.  Je me rappelle les grands sacs de papier bruns plein de haricots que ma mère déversait sur la table de la cuisine pour que moi et ma sœur nous les équeutions. J’avais l’horrible impression que l’on en viendrait jamais à bout.  Je me rappelle ma mère et ma grand-mère qui préparaient leurs conserves.  Je me rappelle mon manque d’intérêt. 

            Peut-être que je suis prisonnière de mes stéréotypes, mais j’ai le sentiment de ne pas être une vraie femme parce que je ne rêve pas d’un jardin.  Ben oui, des légumes frais cueillis, c’est meilleur. Et des légumes que tu fais pousser toi-même, tu sais qu’ils ne sont pas full pesticides.  Ben oui.

            Je vais peut-être demander conseil à quelqu’un, ça ne doit pas être si compliqué que ça.  Je vais peut-être aussi juste aller à l’épicerie.